Blog blog y’a un invité : interview de Chloé…

6 février 2014 0 No tags

Pour celles et ceux qui ne sont pas sur facebook ou qui n’ont pas vu ma proposition, il y a quelques jours, j’ai lancé l’idée sur la page « fan » du blog de vous interviewer, vous qui êtes de l’autre côté de l’écran : maman, parrain, grand-mère, oncle, bref tous ceux qui ont envie de parler des minus mais pas que… L’envie que ce blog soit aussi le vôtre, un lieu d’expression… L’envie de lire vos mots, d’entendre vos maux mais aussi d’écouter le son de vos rires et de vous piquer au passage quelques bons plans…

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A ma grande joie, vous êtes plusieurs à avoir répondu présentes (pas encore d’homme pour le moment mais je ne désespère pas) et cette nouvelle rubrique va donc voir le jour. Pour ce qui est de sa récurrence, tout dépendra des interviewés et de moi mais j’espère pouvoir vous en présenter environ une par semaine. Merci à ceux et celles qui participeront de me faire confiance, de vous faire confiance… Si vous avez envie de tenter l’expérience, envoyez-moi un message ici ou sur facebook. Les interviews se font par échanges de mails et peuvent être anonymes.

Aujourd’hui, on ouvre le feu avec Chloé qui a eu la gentillesse d’accepter d’être mon cobaye pour ce premier jeu de questions/réponses… Ce témoignage très émouvant n’est ni une psychothérapie, ni une invitation à l’apitoiement… C’est la vie et l’espoir que j’ai lu entre ses lignes… J’espère que qui que vous soyez et quoi que vous cherchiez, vous trouverez quelque chose en la lisant, moi j’y ai trouvé beaucoup…

Hello et merci d’être la première à « affronter » les questions de Blog blog… Peux-tu te présenter ?

Hello 🙂 Alors, me présenter en quelques mots….  On va faire classique !

Je m’appelle Chloé. J’ai 32 ans. J’habite à Forest. En temps normal, je suis une femme « active » qui travaille mais, en ce moment, je m’offre un congé parental de quelques semaines Je suis maman de 3 enfants. Une « grande » poulette de deux ans et demi qui est un véritable rayon de soleil, toujours souriante et de bonne humeur (bon, ok, il lui arrive aussi d’être fatiguée et ronchon). Une mini poulette de quatre mois qui est juste adorable et qui charme tout le monde à coup de sourires (bon ok, la nuit, elle est un peu moins adorable étant donné qu’après avoir fait des nuits complètes à deux mois et demi, depuis quelques jours elle a décidé que, finalement, dormir la nuit était un concept assez surfait).

Et puis, je suis aussi la maman d’un petit prince qui aurait 5 ans aujourd’hui mais qui nous a quittés alors qu’il n’avait que trois jours….

Comment « surmonte »-t-on la perte d’un enfant ?

Je ne suis pas certaine que l’on puisse surmonter la perte d’un enfant… Surmonter voudrait dire que l’on ne souffre plus mais, en ce qui me concerne, cinq ans après, le manque et la douleur de l’absence font toujours partie de ma vie. Pas comme au début bien sûr… ce sont des sentiments que l’on apprivoise petit à petit. On apprend à les maîtriser et à leur faire une place.

Je vais éviter, pour répondre à cette question, d’utiliser le pronom « on » car, même si j’ai dû faire face à cet événement, je ne pense pas être en mesure de donner des conseils ou un quelconque mode d’emploi. Chacun vit le deuil comme il peut, selon ses besoins.

Pour ma part, quand mon fils nous a quittés, j’ai eu le sentiment de perdre, avec lui, tout mon avenir, toute ma vie, tous mes projets, tout.

Au début, je me suis accrochée. Il fallait organiser l’enterrement. . Pendant une semaine, je me suis concentrée là-dessus. Comme quelqu’un en train de se noyer s’accrocherait à un bout de bois. Faire-parts, musique, discours, formalités administratives, choisir une robe, …. Des futilités mais qui étaient tellement importantes. Il fallait que ce soit parfait. Ça peut paraître très superficiel mais, jamais je n’aurais l’occasion d’organiser quoi que ce soit pour lui : ni anniversaire, ni Noël, ni Saint-Nicolas, …. C’était tout ce que je pouvais faire pour lui. Et puis, l’enterrement a eu lieu et j’ai lâché. J’ai quitté mon boulot et, pendant quelques mois, j’ai plongé, j’ai touché le fond. Un regain d’énergie lorsque j’ai décidé de me faire tatouer son prénom. Et puis, retour dans le noir. J’ai très peu de souvenirs de cette période. A peine quelques flash douloureux : le jour où l’on a vidé sa chambre jamais utilisée, emballé les vêtements, les promenades nocturnes à regarder les étoiles et décider que celle qui brille juste là, c’est lui, les ventres des femmes enceintes, les silences gênés, la pitié dans le regard des gens, …  Juste un sentiment de profond désespoir. Une envie de mourir aussi, de le rejoindre.

Et puis, un jour, j’ai porté un regard objectif sur ce que j’étais devenue. Je me suis dit qu’il ne serait vraiment pas fier de moi alors, j’ai décidé de changer, de fuir, de recommencer à vivre. Recommencer et pas continuer. Il fallait que je coupe avec ma vie d’avant. Trois semaines plus tard, j’avais trouvé un boulot sur un autre continent, sous-loué mon appart, fait mes valises et, mon mari et moi décollions vers un autre monde. Nous y avons passé un an et demi. Nous nous sommes reconstruits. Ça a été salvateur. Au bout d’un certain temps, l’envie d’un nouvel enfant a pointé son nez et avec elle, la peur que tout recommence, la peur de revivre ça. Alors, nous avons décidé de rentrer pour être accompagnés médicalement. Et là, douche froide : « Bien sûr que vous pouvez faire un diagnostic pré-implantatoire. Vous êtes dans les conditions. Il y a 18 mois d’attente ». Dix-huit mois !!!!!!! Mais on est prêts, maintenant ! La peur au ventre, on décide qu’il est plus raisonnable d’attendre. Trois mois plus tard, je suis enceinte…. Mélange d’un bonheur intense et d’une inquiétude immense. Les premiers mois de grossesse riment avec angoisse puis, la nouvelle tombe : le bébé va bien !!!! Notre bébé miracle nous rejoint quelques mois plus tard et la vie prend une nouvelle couleur …. Encore 18 mois plus tard, je retombe enceinte. Nouvelle angoisse mais tout va bien et notre bébé « cadeau de la vie » voit le jour.

Aujourd’hui, je suis une maman comblée mais, il ne se passe pas un jour sans que je pense à mon fils, sans que je me demande ce qu’il serait aujourd’hui. Les fêtes de famille et autres bons moments s’assortissent toujours, à un moment, du sentiment qu’il manque quelqu’un….

La douleur et la tristesse sont toujours quelque part, dans un coin. Mais, pour rien au monde, je ne voudrais qu’elles disparaissent. C’est mon fils. S’il ne me manque pas à moi, sa maman, que resterait-il ? Je lui ai fait la promesse qu’il vivrait en moi et je la tiens….

Je l’aime comme s’il était là.

Avec le recul, je me rends compte qu’il m’a changée et m’a apporté beaucoup. Grâce à lui, je n’ai plus peur de la vie. Je sais que le pire est derrière. Il m’apporte de la force et du courage. Surtout il m’a donné la capacité de profiter de tous ces petits moments qui font le bonheur, de ne passer à côté de rien et de me rendre compte de ce que j’ai aujourd’hui. Il n’est plus là mais il m’a laissé l’amour.

As-tu pu trouver du soutien dans des associations ou structures mise en place autour de cette question ? J’ai toujours l’impression que les décès de jeunes enfants et le deuil périnatal sont encore de très gros tabous, non ?

Non, je n’ai trouvé aucun soutien… les associations sont difficiles à trouver, il faut chercher. J’étais dans une telle léthargie que je n’avais ni la force ni l’envie de chercher… Le corps médical a cruellement manqué de diplomatie et a même, quelquefois, enfoncé le clou.

Plus tard, j’ai trouvé des forums sur internet mais, très vite, je me suis rendue compte que je n’avais aucune envie de discuter avec des gens avec lesquels je n’avais que le deuil en commun…

Je me suis sentie vraiment seule car, la souffrance fait peur et beaucoup de gens se sont éloignés. Ils ne savaient pas comment réagir, ni quoi me dire …. On reconnaît vite ceux pour qui on compte vraiment. Ceux-là, devinent quand on a besoin de se changer les idées ou, justement, de parler de lui. Ils écoutent. Et pour certains, souffrent sincèrement avec nous.

Ce qui est très difficile aussi, c’est de supporter les réflexions idiotes des gens « bien intentionnés » du type « c’est pas grave, vous en ferez un autre » et de n’étrangler personne !

En as-tu parlé à ta fille de deux ans et demi ?

Non, pas encore. Je la trouve trop jeune et, quelque part, ce n’est pas son histoire. Elle n’a pas à en souffrir. Cependant, je ne veux pas le lui cacher. A la maison, il y a des photos de mon fils. Je suppose qu’un jour, elle me demandera de qui il s’agit et je lui répondrai….

Deux missnuscules de deux ans et demi et quatre mois, tu dois être pleine d’astuces et de trucs pour que tout roule bien (et pleine de cernes aussi, non) ?… Comment gères tu le quotidien, le trop plein, le temps qui file ?

Je n’ai pas vraiment l’impression de gérer quoi que ce soit… Je nous laisse vivre et je m’organise comme je peux. Notre vie de famille est un « joyeux bordel ». Pas tous les jours facile mais, l’important est que tout le monde soit heureux et trouve sa place alors, la maison n’est pas toujours en ordre, l’heure du coucher n’est pas toujours respectée, on est les rois des plans de dernière minute et de l’impro mais, on chante, on danse, on fait les idiots, on rit beaucoup, on vit et on est heureux !

Et quand tu as un peu (ou beaucoup) de temps pour toi que fais-tu ?

De temps en temps, j’abandonne homme et enfants et je m’offre un bon bain chaud avec un bon bouquin. Je consacre aussi pas mal de temps à mes amis et à ma famille. Un brunch par-ci, un apéro par-là, une petite soirée entre potes,…

Tes filles ont-elles déjà suivi des cours,  participé à des spectacles, des activités qui leur ont plu ?

Elles ont testé et validé la psychomotricité aquatique au complexe des Trois Tilleuls. A priori, l’endroit a l’air glauque mais, au final, un bassin réservé aux moins de trois ans et à leurs parents, une eau à 32 degrés, un moniteur sympa et pas envahissant, on arrive et on part quand on veut. Le tout pour un prix très honnête (surtout comparé à des structures comme le Darwin aqua club).

Sinon, la grande a beaucoup aimé le festival zéro – dix-huit (la petite, quant à elle, a apprécié la sieste en musique) où on a vu « Léon l’accordéon » et « Ici Baba ». Elle avait aussi bien aimé le « Baby Day » du Wiels.

Et puis, les classiques : le zoo d’Anvers ou encore le musée des enfants.

Tu habites le Sud de Bruxelles, quelles sont tes bonnes adresses minus dans la capitale ?

La Tricoterie pour un petit brunch le dimanche. Les parents Terribles ou le Balmoral pour un café entre mamans. La boutique « Enfants Admis » pour un shopping puériculture. Le parc de la Sauvagère, le parc Tenbosh ou le kauwberg pour prendre l’air.

Et puis, le kids Factory pour les jours de pluie où je n’ai vraiment trouvé rien d’autre à faire. Mais, il faut vraiment être zen en y allant sinon, on risque de sortir de là menottes aux poings après avoir étranglé un enfant bagarreur ou le parent de celui-ci qui n’a pas jugé opportun de le surveiller alors qu’il s’en prend à ma fille… Grrrrrr !

Tu pars sur une île déserte avec tes deux filles, tu peux amener trois jouets, tu prends quoi ?

Un livre avec plein d’histoires dedans, un truc roulant (vélo, trottinette ou autre camion de princesse), une ardoise magique, un puzzle géant animaux Djeco, une poupée et…. Ah non, il y en a déjà 5 !

Plutôt maman cool ou maman poule ?

Un savant mélange des deux : maman cool mais avec quand même deux ou trois principes et maman poule parce qu’il est vivement déconseillé de toucher à mes filles… (mais sinon, je suis sympa, hein !)

Quelles sont tes envies pour 2014 ? Et pour 2034 ?

Pour 2014, encore des fous rires ! Et puis, des vacances en familles, des soirées entre amis, voir mes filles grandir et s’épanouir. Voir Grande poulette entrer à l’école et mini poulette à la crèche. Envie aussi de moments en amoureux.  Envie d’apprendre à coudre et de réaliser plein de chouettes choses. Et puis, j’avoue, envie d’agrandir mon cercle d’amis (j’adore les miens, ils ne sont même pas usés mais, parfois, j’ai envie de nouvelles têtes dans ma vie)

Et pour 2034, je ne sais pas…. Je préfère profiter de maintenant. Pour l’avenir, on verra au moment voulu.

Merci Chloé…

 Tous vos mots se sont perdus dans la migration du blog, pardon pour cela !
Maud Rendez-vous sur Hellocoton !

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